Régulation de l'IA : ce qu'en pensent vraiment les Européens en 2026
En 2023, 66 % des personnes interrogées par Sortlist réclamaient une pause immédiate du développement de l'IA. Cette pause n'a jamais eu lieu — une réglementation, si : l'AI Act européen est en application générale depuis août 2026. Trois ans plus tard, les Européens sont-ils rassurés ?
- L'UE applique désormais un cadre légal complet pour l'IA : pratiques interdites depuis février 2025, obligations pour l'IA à usage général depuis août 2025, application générale du règlement depuis août 2026.
- 53 % des Européens font confiance à leur gouvernement pour réguler l'IA efficacement, contre 37 % aux États-Unis et seulement 27 % en Chine (Stanford HAI, 2026).
- 72 % des Européens jugent les discours de haine amplifiés par l'IA comme un risque majeur pour la cohésion sociale, 71 % la désinformation, 69 % les deepfakes (Eurobaromètre, automne 2025).
- En 2023, 66 % des personnes interrogées par Sortlist soutenaient une pause immédiate du développement de l'IA — une demande qui n'a jamais été suivie d'effet ; la réglementation adoptée depuis encadre les usages à risque, elle ne met en pause aucun développement.
- L'écart entre hommes et femmes mesuré par Sortlist en 2023 restait marqué : les hommes de 18-24 ans étaient deux fois plus susceptibles que la moyenne de voter contre un gouvernement régulateur.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Union européenne | 53 % |
| États-Unis | 37 % |
| Chine | 27 % |
Source : Stanford HAI, The 2026 AI Index Report — enquête menée en 2025 dans 25 pays
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Discours de haine amplifiés | 72 % |
| Désinformation | 71 % |
| Deepfakes et contenus manipulés | 69 % |
53 % des Européens font confiance à leur gouvernement pour réguler l'IA efficacement en 2025 — contre 37 % aux États-Unis et 27 % en Chine (Stanford HAI, 2026 AI Index)
Note de la rédaction : cet article a été initialement publié en avril 2023 et mis à jour en septembre 2026. Les données de marché (Stanford HAI, Eurobaromètre) sont les plus récentes disponibles à la date de mise à jour ; l’enquête Sortlist qu’il contient (550 personnes, 6 pays, mars 2023) mesurait une réaction ponctuelle à un événement précis et n’est pas rejouée en continu — elle sert de repère historique, pas de donnée actuelle.
En mars 2023, le Future of Life Institute publiait la lettre ouverte Pause Giant AI Experiments, réclamant l’arrêt immédiat pour six mois de l’entraînement de tout système d’IA plus puissant que GPT-4. Sortlist avait alors interrogé 550 personnes dans six pays pour savoir si cette demande, portée par des figures comme Elon Musk et Steve Wozniak, reflétait une préoccupation populaire ou une simple inquiétude d’initiés technologiques. Trois ans plus tard, la pause demandée n’a jamais eu lieu — mais une réglementation, si.
L’IA n’a pas fait de pause, mais l’Europe a fait une loi
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act), entré en vigueur en août 2024, a suivi un calendrier d’application progressif3 : les pratiques jugées inacceptables (notation sociale, identification biométrique en temps réel dans l’espace public, manipulation cognitive) sont interdites depuis février 2025 ; les obligations de transparence et de gestion des risques pour les modèles d’IA à usage général (type GPT-4, Claude, Gemini) s’appliquent depuis août 2025 ; et le règlement est entré en application générale en août 2026. Les obligations les plus strictes, pour les systèmes à haut risque classés en annexe III, ne s’appliqueront qu’à partir de décembre 2027.
C’est une réponse au risque perçu par l’IA très différente de celle réclamée par la lettre ouverte de 2023 : pas une pause générale du développement, mais un encadrement gradué par niveau de risque d’usage. Le développement de l’IA générative ne s’est jamais arrêté — il a, au contraire, accéléré depuis 2023 — mais un cadre légal contraignant existe désormais pour ses usages les plus sensibles.
Ce qu’en pensent les Européens en 2026
53 % des Européens font confiance à leur gouvernement pour réguler l'IA efficacement en 2025 — contre 37 % aux États-Unis et 27 % en Chine, Stanford HAI
Selon The 2026 AI Index Report de Stanford HAI1, qui synthétise une enquête menée en 2025 dans 25 pays, l’Union européenne affiche la confiance médiane la plus élevée des grandes puissances technologiques quant à la capacité de son gouvernement à réguler l’IA efficacement : 53 %, contre 37 % aux États-Unis et seulement 27 % en Chine. C’est un signal cohérent avec le calendrier d’application de l’AI Act ci-dessus : l’existence d’un cadre légal déjà en vigueur, plutôt qu’un simple débat, semble se traduire par une confiance institutionnelle plus forte.
Cette confiance n’efface pas les inquiétudes de fond. Selon l’Eurobaromètre (Parlemètre)2 mené en novembre 2025 auprès des 27 États membres, 72 % des Européens jugent les discours de haine amplifiés par l’IA comme un risque majeur pour la cohésion sociale, 71 % citent la désinformation et 69 % les deepfakes et autres contenus manipulés.
72 % des Européens jugent les discours de haine amplifiés par l'IA comme un risque majeur pour la cohésion sociale — Eurobaromètre, automne 2025
Ces trois risques ont un point commun : ce sont des usages spécifiques de l’IA (génération de faux contenus, amplification algorithmique) plutôt que l’existence même de la technologie qui inquiètent le plus. C’est exactement le type de risque que l’approche réglementaire européenne — graduée par usage plutôt que par une pause générale — cible en priorité, ce qui explique en partie pourquoi la confiance institutionnelle reste plus haute en Europe qu’ailleurs malgré des inquiétudes bien réelles.
Retour sur 2023 : ce que demandait le public, ce qu’il a obtenu
L’écart entre la demande de 2023 et la réponse réglementaire de 2026 est la donnée la plus intéressante de cette comparaison. L’enquête Sortlist de mars 20234 mesurait un soutien massif à une mesure radicale : 66 % des 550 personnes interrogées dans six pays se disaient favorables à un arrêt immédiat du développement de l’IA, et 69 % jugeaient déjà les développements récents négatifs pour la société. Le soutien à la pause était légèrement plus fort chez les femmes (68 %) que chez les hommes (63 %), un écart cohérent avec un autre résultat de l’enquête : les hommes étaient globalement 2,17 fois plus susceptibles que les femmes de vouloir voter contre un gouvernement qui chercherait à imposer une réglementation stricte de l’IA — un écart qui montait jusqu’à 40 % chez les hommes de 18 à 24 ans spécifiquement.
Ce que l’histoire a tranché depuis, c’est que ni la demande ni la crainte de 2023 ne se sont traduites littéralement : aucun laboratoire n’a mis en pause le développement de l’IA — au contraire, les modèles se sont multipliés et sont devenus plus puissants chaque année depuis. Ce qui a émergé à la place est une réponse plus étroite et plus durable : un règlement qui ne freine pas la recherche, mais qui impose des garde-fous sur des usages précis (biométrie, notation sociale, contenus manipulés) — plus proche, dans l’esprit, des 72 % qui s’inquiètent aujourd’hui des deepfakes que des 66 % qui réclamaient un arrêt général en 2023. Le public demandait un frein ; il a obtenu un cadre — et les données de confiance de 2025-2026 suggèrent que cette réponse plus ciblée est, pour l’instant, mieux reçue qu’un simple moratoire ne l’aurait probablement été.
En résumé
Trois ans après la lettre ouverte qui a servi de point de départ à cet article, aucune des deux options extrêmes envisagées en 2023 — poursuite sans limite ou pause générale — ne s’est matérialisée. L’Europe a choisi une troisième voie, réglementer par niveau de risque plutôt que d’arrêter la recherche, et les données d’opinion les plus récentes suggèrent que cette voie intermédiaire recueille aujourd’hui davantage de confiance institutionnelle que n’importe où ailleurs dans le monde — sans pour autant faire disparaître l’inquiétude face aux usages les plus problématiques de l’IA, deepfakes et désinformation en tête.
Méthodologie
L'enquête Sortlist de 2023 (550 personnes, Royaume-Uni, Belgique, Allemagne, Espagne, France, États-Unis) mesurait une réaction ponctuelle à un événement précis — la lettre ouverte « Pause Giant AI Experiments » — et n'est pas directement comparable aux enquêtes d'opinion générale citées plus haut (Stanford HAI, Eurobaromètre), qui mesurent la confiance dans la régulation plutôt que le soutien à une pause spécifique. Les deux sont présentées côte à côte comme deux mesures différentes de la même question de fond, pas comme une série continue.
Sources
- [1] Stanford HAI — The 2026 AI Index Report, chapitre Public Opinion
- [2] Parlement européen — Eurobaromètre (Parlemètre), automne 2025 (publié février 2026)
- [3] Commission européenne — AI Act, calendrier d'application officiel
- [4] Sortlist — Enquête sur la lettre ouverte « Pause Giant AI Experiments », 550 personnes, 6 pays (mars 2023)